•  

    Y-a-t-il déjà trop de gens heureux ?

    Le bonheur est-il si contagieux et venimeux ?

    Et trop peu de personnes qui existent

    Avec au fond d’eux qu’un vide triste ?

     

    Alors éteignons donc nos étoiles

    Et sur la vérité rabattons le voile

    Laissons le ciel, reflet de notre propre âme

    S’assombrir pour planter la dernière lame

     

    Si nous ne sommes pas déjà au fond de l’abîme

    Forçons-nous à délaisser les cimes

    Forçons-nous à nous vider de nos larmes

    Puisque c’est enivrant de perdre nos armes

     

    Faisons donc taire égoïstement nos vies

    Même si ne reviendront pas les étoiles péries

    Ne vous estimez pas donc stupides ?

    De par vos actes insipides

     

    Ne pensez-vous pas que vous avez tort ?

    Qu’il faudrait être heureux de ne pas être mort

    Qu’autres parts les gens peinent à exister

    Mais pourtant ne s’apitoient jamais

     

     

    Note : Je préfère normalement me taire sur le sens des poèmes mais je pense que pour celui-là une explication n’est pas de trop. Si vous avez déjà un avis bien tranché et qu’il vous convient ne lisez pas la suite. Je parle donc ici de certaines personnes qui cherchent à être triste pour attirer l’attention sur eux, comme si la tristesse avait quelque chose d'attirant. Certes en tant que « poète » (ce n’est pas à moi de décider si je mérite ce terme mais je n’en voyais pas d’autre) je considère la tristesse comme une source d’inspiration. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faille la chercher. Enfin le titre, le poème étant placé sous le signe du sarcasme (sauf la fin) le titre l’est aussi. Je compare le bonheur à une lumière, et comme si tous ces bonheurs étaient de trop, un peu comme une pollution (ici donc je n’utilise pas le terme « Pollution lumineuse » dans son sens propre), mais je pense plutôt qu’il y a trop de gens qui vivent dans le noir et pas assez qui brûle de cette lumière.


    1 commentaire
  •  

     Le soleil enlace ma peau
    Elle s’embrase à son étau

    Et s’orne de rouille d’antan
    Se teinte d’or mêlé au sang
    Le vent et le ciel sont changeants
     

    L’orage tonnera sans pluie
    Les vagues iront voir mille vies

    Dans une caresse inlassable
    Elles languiront sur le sable
    D’un rythme quelque peu instable
     

    Comme ces petites lumières
    Qui traversent les rues de pierre

    Pour suivre un conseil ou un ordre
    Pour édifier un flou désordre
    Frôlant de peu la discorde
     

    Ainsi tourne parfois le monde
    Plus vite pour chaque seconde

    Quand l’horizon devient rêvé
    Le soleil baigne les vallées
    Comme les enfants dans l’eau dorée
     

    Alors l’herbe parait plus plage
    Qu’une étendue verte trop sage

    Chacune de ces vies fourmille
    En tissant de fil en aiguille
    Une vie qui jamais ne cille
    Je crois qu’on la nomme « Été »

     

    Note : J’ai écrit ce poème sur un thème proposé par Elrad, vu que j’avais déjà écrit un poème sur le printemps (Chloris) il me proposait d’en écrire un sur chaque saison, voilà donc mon poème sur l’été.


    votre commentaire
  •  

    Est-ce que cette palpitation ?
    Née d’outre-corps, cette sensation
    Est-ce ce que vous nommez « Souffrance » ?
    Ou simplement un autre non-sens ?

    Pourquoi le silence me répond ?
    Je ne demande pas son sermon
    Quel est ce bruit de voix de cire ?
    Est-ce cela un sanglot de rire ?

    Pourquoi la courbure du monde,
    Ne peut pas être juste si ronde ?
    Dites-moi pourquoi elle se tord
    Est-ce pour ce sol ? Déjà trop mort 

    Ai-je le droit de simplement croire
    En cette idée appelée « espoir »
    Et pourquoi ai-je tellement froid ?
    Pitié, rien qu’un mot, répondez-moi

    Vous ne trouvez pas ma peau terne ?
    Je le ressens, ce frisson alterne
    Entre le gèle et l’oubli des sens
    La souffrance est-elle alternance ?

    Elle s’éteint, cette sensation
    Mon sang n’est plus cette friction
    Je crois que ma peau, mon corps se glacent
    Je ne ressens rien, mon souffle passe


    1 commentaire
  •  

       Il montait une marche après l'autre. Il était à la moitié de son ascension. Il se souvenait de la foule d'émotions qui l'avait bouleversé dès le début de sa chute. Le souvenir de son enfance heureuse auprès de son père, la rencontre de sa femme, la naissance de son fils... Tout cela en une fraction de seconde. Et puis il y avait eu l'incompréhension : pourquoi Shake l'avait-il bousculé dans le vide ? Il se souvenait du sentiment de soulagement quand il avait compris. Il aurait voulu le remercier.

     

    *

     

       Il tombait, il n'avait aucune accroche. Sur le rebord de la falaise il entendit un rire sardonique, puis une explosion de flammes et le cri de douleur de Shake. Il remercia son ami intérieurement, Nanor au moins périra sur le coup et non dans la douleur. Non, Shake n'avait pas fait ça seulement pour lui épargner une mort atroce. Cette réflexion disparut sous le flot de souvenirs. Tous ses souvenirs heureux le transportèrent. Mais il n'était plus là, il était seul et il allait mourir. Il voulait s'abandonner à la nostalgie, mais il devait essayer de survivre. S’il s'accrochait à la falaise son bras s'arracherait sans doute. Il devait ralentir sa chute, au moins son épaule se déboîtera.

     

       Nanor lança un trait de lumière vers le sol dans l'espoir de ralentir sa chute. Cela marcha mais pas assez. Il lui restait une seule solution. Il lança un autre trait de lumière mais cette fois-ci dans la direction opposée à la falaise. Son corps s'y heurta violemment. Tout son flanc s'écorcha contre la pierre rugueuse. La douleur lui vrillait les tympans. Dans un dernier sursaut de force, il saisit une aspérité convenable. Son épaule se déboîta, son cri déchira l'air. Il oublia tout. Il était sans pensée, dans les limbes de l'inconscience.

     

    *

     

       Il ferma la main, sa peau rencontra sa lame imbibée de sang. Ses pensées étaient confuses. Tout se mélangeait, rien ne lui venait de clair. A part peut-être ce qu'il s'était passé avant qu'il ne parte combattre. Sa femme, son père, son fils... Il était allongé parmi les dépouilles de ses ennemis. Il sentait leurs corps encore chauds sous lui. Il en avait tué plus qu'il ne l'imaginait. C'était un charnier.

     

       Nanor était debout, il marchait parmi les cadavres. Son pied écrasa une tête qui explosa comme un fruit mûr. Le siège n'était pas fini et ses hommes avaient besoin de lui. Qu'importe le prix à payer. Ceux qui étaient morts, eux n'avaient plus besoin de lui. Il aurait voulu les aider davantage. Il aurait voulu qu'ils ne soient pas morts. Il n'avait pas pu les sauver. C'est pour ça qu'il devait sauver les autres. Aucune larme ne pointait sous ses yeux, juste de la colère dans ses poings serrés et un océan d'impuissance...

     

       Soudain son regard se voilA, il s'agenouilla et contempla le cadavre qui gisait devant lui. Ses yeux étaient encore ouverts, une seule blessure ornait son corps. Une plaie sur son thorax où une épée l'avait pourfendu. Dans sa main il tenait fermement même dans sa mort la dague de Nanor... C'était Erick, il avait péri dès le début de l'assaut, c'était même peut-être le premier à mourir. Son cadavre était celui le plus proche des portes enfoncées.

     

       Nanor lui avait promis qu'il en sortirait vainqueur et il était mort. Il lui avait dit que les autres le protégeraient et il était mort. Il était... Mort. Chef de la Résistance et pas capable de sauver un seul homme ? Le mur plia légèrement sous le coup de poing de Nanor, ses phalanges saignaient. Il se mordait les lèvres pour ne pas salir les Dieux.  Il ferma ses paupières, croisa ses bras sur sa poitrine. Il ne le pleura que d'une seule larme, il ne pouvait plus pleurer devant toute cette horreur, il ne pouvait pas s'attarder non plus.

     

       Mais il méritait une sépulture ou juste une cérémonie. Surtout après ce que Nanor lui avait dit. Selon la coutume, il pratiqua une incision sur la jugulaire d'Erick, avec la dague qui aurait dû lui porter chance. Puis il coupa légèrement son poignet et fit ruisseler son sang sur sa jugulaire.

    - Les vivants te pleurent.

       La tradition ne demandait que cela. Ce n'était pas suffisant pour se pardonner. Qu'est-ce qu'il penserait en le voyant ainsi depuis le ciel ? Serait-ce du dégoût ? De la pitié ? Il projeta plusieurs ondes de lumières vers le ciel en hurlant :

    - Vous ! Venez ici ! Venez vous battre!

       Il envoya quelques mètres plus loin un casque qui avait osé se trouver devant lui. Il tenta de refouler sa haine. Nanor prit sa dague et se dirigea vers la tour plein de haine.


    2 commentaires
  •  

    Des plaines à l'herbe jaunie, couleur de soleil
    Une forêt de ronces et quelques champs vermeils
    Sur une seule route, celle que je suis
    Ici des éclaircies et parfois de la pluie
    Faisant ployer les arbres ou fleurir chaque pré
    Le vent et les vagues liés ont même chanté
    La rive s'en souvient mais je n'y penserai plus
    Plutôt se défaire de ce que j'ai perdu
    Ce pont inondé et cette vallée de larmes
    Mais regarde là-bas sur le sol quelques armes
    Rouillées par cette pluie légèrement salée
    Sur la même route, celle que je me crée
    Celle que je dessine à l'encre de mes rêves
    J'y marcherai avant que le soleil se lève
    Car ce soir la nuit est douce et sans nuage
    En chaque endroit je ne serai que de passage
    Si tu veux goûter la terre, oublier le bitume
    Suis-moi sur la route avec au loin la brume
    Viens aussi mon ange apprend mes joies et mes doutes
    Choisissons ou inventons notre propre route
    Mais peu m'importe les sentiers trop bien battus
    Cela fait longtemps qu'ils ne peuplent plus ma vue
    Et je connais par cœur la route arpentée
    Des espoirs et quelques rêves désenchantés
    L'eau d'une marre qui se fait lentement sang
    Et des journées entières de soleil couchant
    Un chemin tellement glacé et couvert de givre
    Que j'aurais perdu mon cœur si je n'étais ivre
    Un pont en lambeaux, un brouillard d'or et l'abîme
    Quelques fois un jardin au-delà de nos cimes
    Des jours d'azur, d'autres de nuages et d'orages
    Une plaine sans vie qui n'est plus que naufrage
    Et ce n'est rien d'autre qu'un commencement
    Mais il faut bien qu'il dure le temps d'un instant
    Car il y en aura encore, j'en suis sûr
    Pour mes yeux sans doute, ce sera à usure
    Et je les verrai tous sans les attendre
    Des déserts faits de poussières et de cendres
    Des terres lisses de nacre et des ciels de marbre
    Des rivières asséchées et des forêts sans arbre
    De l'air trop empli de mort pour que je l'inspire
    Je ferai que le lieu de mon dernier soupir
    Ne soit jamais cette falaise d'ecchymose
    Mais cette plaine couverte de pourpres roses


    6 commentaires



    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires