• Chapitre II: Partie 2

     

     Si vous n'avez pas lu le début de cette fiction (l'Héritier des Dieux), ne lisez pas cet article. Le début de la fiction est ici.

       Il montait une marche après l'autre. Il était à la moitié de son ascension de la tour. Il se souvenait de la foule d'émotions qui l'avait bouleversé dès le début de sa chute. Le souvenir de son enfance heureuse auprès de son père, la rencontre de sa femme, la naissance de son fils... Tout cela en une fraction de seconde. Et puis il y avait eu l'incompréhension. Une vague de soulagement le traversa quand il avait compris. Il aurait voulu le remercier. Si seulement il n’était pas mort. 

     

       Il tombait, il n'avait aucune accroche. Sur le rebord de la falaise il entendit un rire sardonique, puis une explosion de flammes et le cri de douleur de Shake. Il remercia son ami intérieurement, Nanor au moins périra sur le coup et non dans la douleur. Non. La guerre avait peut-être brisé Shake mais pas à ce point. Il n'aurait jamais fait ça seulement pour lui épargner une mort atroce. Cette réflexion disparut sous un flot de souvenirs. Tous ses souvenirs heureux le transportèrent. Mais il n'était plus auprès de Délia, ni de son fils, il était en chute libre, seul et il allait mourir. La nostalgie s’empara de lui. Il aurait voulu s’abandonner à elle. Mais il devait au moins essayer de survivre. Il réveilla tous ses sens et envisagea chaque possibilité le plus vite possible. S’il s'accrochait à la falaise son bras s'arracherait sans doute. Il devait essayer de ralentir sa chute. C’était peine perdue. Mais il n’avait plus rien à perdre après tout. Il lança un trait de Lumière vers le sol dans l'espoir de ralentir sa chute. Comment il avait été naïf. La force du trait de Lumière l’entrainait contre la falaise, l’épaule en avant. Il ferma les yeux même s’il savait que cela n’enlèvera rien à la douleur. Son corps s'heurta à la falaise. Une aspérité lui déchira l’épaule dans un trou béant de muscle et de sang. Son flanc se déchira contre la falaise. La douleur lui vrillait les tympans. C’était juste insoutenable. Il se mordait les lèvres jusqu’aux sangs pour ne pas hurler. Dans un dernier sursaut de force, il saisit une aspérité convenable. Son épaule se déboîta, son cri déchira l'air. La douleur recouvra toutes ses pensées, il l’emporta corps en avant dans l’abîme. 

       Il ferma la main, sa peau rencontra sa lame imbibée de sang. Ses pensées étaient confuses. Tout se mélangeait, rien ne lui venait de clair. A part peut-être ce qu'il s'était passé avant qu'il ne parte combattre. Sa femme, son père, son fils... Il était allongé parmi les dépouilles de ses ennemis. Il sentait leurs corps encore chauds sous lui. Il en avait tué plus qu'il ne l'imaginait. C'était un charnier. 

       Il se releva difficilement de son bras encore valide. Il était debout et il marchait parmi les cadavres. Son pied écrasa une tête qui explosa comme un fruit mûr. Le siège n'était pas fini et ses hommes avaient besoin de lui. Qu'importe le prix à payer. Ceux qui étaient morts n’avaient plus besoin de lui. Mais il aurait voulu les aider d’avantage. Il aurait voulu qu'ils ne soient pas morts. Il n'avait pas pu les sauver. Alors c’est pour eux qu'il devait sauver les autres. Aucune larme ne pointait sous ses yeux, juste de la colère dans ses poings serrés et un océan d'impuissance... 

       Soudain son regard se voilà, il s'agenouilla et contempla le cadavre qui gisait devant lui. Ses yeux étaient encore ouverts, une seule blessure ornait son corps. Une plaie sur son thorax où une épée l'avait pourfendu. Dans sa main il tenait fermement même dans sa mort la dague de Nanor... C'était Erick, il avait péri dès le début de l'assaut, c'était même peut-être le premier à mourir. Son cadavre était celui le plus proche des portes enfoncées. 

       Nanor lui avait promis qu'il en sortirait vainqueur et il était mort. Il lui avait dit que les autres le protégeraient et il était mort. Il était... Mort. Chef de la Résistance et pas capable de sauver un seul homme ? Le mur plia légèrement sous le coup de poing de Nanor, ses phalanges saignaient. Il se mordait les lèvres pour ne pas salir les Dieux.  Il ferma les paupières d’Erick soigneusement, croisa ses bras sur sa poitrine. Nanor ne le pleura que d'une seule larme, il n’arrivait plus à pleurer devant toute cette horreur, il ne pouvait pas s'attarder non plus. Mais il méritait une sépulture ou juste une cérémonie. Surtout après ce que Nanor lui avait dit. Selon la coutume, il pratiqua une incision sur la jugulaire d'Erick, avec la dague qui aurait dû lui porter chance. Puis il coupa légèrement son poignet et fit ruisseler son sang sur sa jugulaire.

    - Les vivants te pleurent.

       La tradition ne demandait que cela. Ce n'était pas suffisant pour se pardonner. Qu'est-ce qu'il penserait en le voyant ainsi depuis le ciel ? C’était trop ! Trop de morts ! Le ciel s’illumina de milles vagues de Lumières alors qu’un cri résonnait contre les murs :

    - Vous ! Venez ici ! Venez vous battre !

       Il envoya quelques mètres plus loin un casque qui avait osé se trouver devant lui. Il tenta de refouler sa haine. Mais il en débordait. Sa rage le consumait. Nanor prit la dague qu’il avait laissé à Erick et se dirigea vers la tour plein de haine.

     

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  • Commentaires

    1
    Mardi 1er Août à 23:21
    Il avait l'air sympa pourtant...:'(
    2
    Mercredi 2 Août à 12:49

    C'est pas facile pour l'auteur aussi de perdre ses personnages (après c'est juste mon ressenti c'est pas général)

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