• Chapitre III: Partie 1

     

     Si vous n'avez pas lu le début de cette fiction (l'Héritier des Dieux), ne lisez pas cet article. Le début de la fiction est ici.

                       20 ans plus tard.

     

       Une centaine de mètres devant lui les murailles de Dem’Breck brisaient l’horizon. Seto n’avait jamais vu de structures aussi imposantes. Il était déjà allé à Burnir, le pôle commercial de la région de Taukre, mais là ça n’avait rien à voir. Les murs cachaient presque la montagne dans laquelle Dem’Breck avait creusé ses fondations. Ils défiaient tout simplement le bon sens, ils se dressaient contre le ciel, l’effleuraient. Le lierre recouvrait presque entièrement les milliers de pierres qui constituaient cette barrière. Et il y a vingt ans, les trébuchets avaient à peine effleuré la surface du mur. Quelques impacts s’étaient creusés certes, mais ils étaient si infimes. D’ailleurs le cadavre de quelques trébuchets avait été abandonnés devant les murs. Leurs bois étaient pourris, et s’effritaient au toucher. Dem’Beck restait fier et debout alors ceux qui l’avaient détruite pourrissait dans la terre et les herbes folles. C’était beau dans un sens.

       

       Seto mit pied à terre et tapota affectueusement le flanc chaud de sa monture. Son souffle haletant créait une légère fumée dans le froid du matin. Elle avait assez porté Seto pour le moment, et les ronces ne feraient qu’entailler ses pattes. Elle s’appelait Nokta, c’était une jument d’un noir ébène, exceptées les taches blanches sur son front et juste aux dessus de ses sabots. Elle se reposerait et Seto continuerait seul. Alors il s’engagea sur la piste effacée par l’œuvre de la Nature. Les ronces et la rosée perçait son pantalon mais il n’en avait que faire. Il était perdu dans une contemplation morbide de la cité. Il passa près des restes d’un trébuchet, il en restait presque rien, quelques bouts de planches rien d’autres. Dem’Breck s’approchait devant lui. « Dem’Breck à la beauté austère » c’est ce que disait les paroles d’un barde que Seto avait brièvement connu. Ce souvenir s’était imprimé dans son esprit, c’était peut-être il y a trois ans il ne savait plus. Le barde avait commencé à entonner cet air dans la rue, Seto passait par-là. C’était le matin il allait travailler à la forge à cette époque. À peine les paroles avaient commencé à résonner que des gardes Éméréens s’étaient jetés sur lui, d’un coup de pommeau ils ont brisés sa cithare puis son épaule. Et alors que les gardes l’emmenaient le barde avait eu le temps criait « Mort aux Éméréens ». Certains disaient que le barde avait été Résistant à Dem’Breck. Sinon pourquoi aurait-il chanté ce qui était prohibé. Personne ne devait parler de Dem’Breck ni de la Résistance.

     

       Pourtant c’était parfois les Éméréens qui venaient parler de la bataille. Une fois que l’alcool avait délié leur langue. Aujourd’hui le monde semblait plus fade. Il n’y a plus de batailles épiques dont chaque être connait l’existence et rêve de pouvoir au moins imaginer ce que c’était. Ni des Draks brisant les portes d’une forteresse de jadis, ni des Revenants décimant une armée d’homme croyant encore en l’espoir et encore moins les ailes d’un Dragon recouvrant une citadelle oubliée. Voilà ce qu’avait été la chute de Dem’Breck et aujourd’hui tout n’était que soumission. Qu’obéissance aux Éméréens. Même si tout le monde les appeler Ténébreux dans la haine que personne n’osait exprimer. Quelques voyageurs avaient raconté que là d’où ils venaient, en Émérie, il y avait une gigantesque grotte et que des milliers de personnes y vivaient, éclairés par une sorte de soleil. Ce monde souterrain s’appelait Ténèbres. Et que peut-on espérer d’être qui se terre toute leur vie loin de la lumière du jour. C’est pour ça que chacun les appelait Ténébreux. C’était une façon de cracher en silence sur leur nom. Les Éméréens n’étaient pas sortis de nulle part. En Seneria on savait très bien que de l’autre côté du désert d’Esperih il y avait d’autres peuples. Les Seneriens les connaissaient, ils en avaient vu certain qui étaient venus commercer. Mais ils ne s’attendaient pas à voir une armée traverser à pied le désert d’Esperih pour marcher sur eux. Encore moins à perdre devant eux.

     

       Une fois que les royaumes avaient abdiqués et acceptés la suprématie Éméréenne, ou que d’autres avaient été balayés par leurs forces, certains s’étaient levés. Des Hommes, des Elfes, des Hybrides et même quelques Fantômes. Ce n’était ni un état, ni un royaume, c’était la Résistance et elle s’est faire balayée comme les autres. Comme un grain emporté par le vent car il gênerait un quelconque engrenage. Seto descendait de ceux-là, de ceux qui avaient tentés de résisté dans un dernier sursaut. Sa mère en avait épousé un Résistant et son grand-père en avait élevé un. Son père quant à lui… Il était mort dans l’assaut de Dem’Breck. Enfin sûrement. Personne n’était revenu pour dire s’il était mort et comment il était mort. Peut-être que les Éméréens l’avaient emmené. Mais en tous cas plus personne n’avait plus jamais entendu parler de lui. Et si le seul fait d’évoquer le nom de Dem’Breck était interdit s’y rendre l’était d’autant plus. Pourtant aucun Éméréen ne gardait le lieu, ils n’avaient même pas pris la peine de ramener les pièces de leurs trébuchets et encore moins d’enterrer les corps.

     

       La botte de Seto glissa sur un crâne qui explosa dans un craquement sonore. Il eût un haut-le-cœur. C’était le premier mort qu’il voyait. Et ce crâne qu’il venait d’écraser aurait très bien pu être celui de son père. Malgré lui il regarda ce qui restait du crâne : une orbite désespérément vide et un bout de mâchoire noirci. C’était à ça qu’il ressemblerait quand il serait mort ? Il se força de détourner les yeux et continua à avancer entre les herbes folles.  La cité du peuple n’était plus qu’à quelques pas devant lui. Les pierres qui constituaient les murs faisaient la taille de Seto, pour les plus petites. Et l’arche, qui devait il y a vingt ans entourée les portes de la citadelle, devait bien contenir en hauteur deux fois la ferme de Seto. Une modeste ferme certes, fait d’un rez-de-chaussée et d’un grenier assez haut pour entreposer tout le blé des récoltes. Seto aperçut derrière les murs les morceaux de ce qui avait dû être les portes. Les lambeaux de bois et de métal s’étendaient sur de nombreux mètres après l’entrée de la citadelle. Il retint son souffle comme si entrer dans ces murs était entré dans un nouveau monde. Et il y entrait de son propre gré, car il en avait assez de ce monde réducteur qu’était le sien. Il espérait un quelconque changement, une quelconque étincelle. Alors d’un pas qu’il espérait assuré il franchit les murs de Dem’Breck.


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