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     Pour le blog j'ai changé le découpage des chapitres pour pouvoir en poster une partie chaque mois. Voici le découpage original:

     

    Chapitre I: Le ciel était bleu

     

    Chapitre I: Partie 1
    Chapitre I: Partie 2
    Chapitre I: Partie 3
    Chapitre I: Partie 4

     

    Chapitre II: Qu'importe le prix à payer

     

    Chapitre II: Partie 1
    Chapitre II: Partie 2
    Chapitre II: Partie 3

     

     

     

    Il y a un commencement à toute chose, le début a eu lui-même un commencement. Avant que le monde existe il n'y avait rien mais tout existait déjà, il y avait l'Absent et le Présent, le Rien et le Tout, le Commencement et l'Aboutissement. Le début et la fin étaient posés, mais ce qui arriverait entre ces deux échéances n'était pas prédit et ne le sera jamais.

     

     

       Il est souvent dit qu'il pleut un jour de bataille, il est dit que le ciel est sombre un jour où les vies sont fauchées. Aujourd'hui était une exception, pourtant maintes âmes allaient partir. Le ciel était sans nuage, il semblait irréel, il était trop pur, trop parfait. Le soleil grand, rond se couchait, il allait disparaître derrière les montagnes, laissant place à l'ombre et à la lune. Il s’éclipsait pour revenir et teinter dans sa chute l'armée qui avançait de lueurs pourpres. La lumière décroissante se reflétait sur chaque arme, chaque armure. Le soleil semblait leur rendre hommage, s' il savait les maux que l'armée apportait, il ne s’inclinerait pas devant eux. Les soldats avançaient un pas après l'autre, comme l'océan avance. Mais l'océan se retire pour laisser paraître la plage, cette armée elle, avancera et recouvrira la terre de son drapeau. Elle prendra des vies pour prendre le pouvoir. Mais une vie vaut-elle l'ambition d'une personne, serait-elle un dieu ? Pour eux la question ne se posait pas ni pour leur dirigeant. Ce n'était ni un homme ni un dieu, c'était un Dragon. Il avait maints noms : le Pourfendeur de Chair, la Terreur des Hommes, le Fils du Volcan, l’Être obscur ... Mais ses hommes l’appelaient le Dragon Volcanique. Lui et ses alliés étaient arrivés par-delà le désert du Nord. Leur existence était auparavant racontée par les voyageurs. Mais aujourd’hui tout le monde les voyait et tout le monde savait ce qu’ils étaient venus faire. Prendre les terres de l'Accelstim, le monde que les Dieux avaient créé pour leurs créatures.

     

       Nanor était un Homme, une de leurs créatures. On lui avait dit que s' il offensait les Dieux il irait dans les Ténèbres. Si les Dieux existaient ne les aideraient-ils pas, ne repousseraient-ils pas le Dragon Volcanique et son armée ? Les Dieux les avaient abandonnés tout simplement, ils les avaient laissés à leur triste sort. Si les dieux ne les protégeaient plus, quelqu'un devait se lever. Nanor s'était levé et ses hommes d’aujourd’hui étaient ceux qui avait rejoint sa cause hier. Ils s’étaient donnés un nom : La Résistance et le mouvement s’était répandu comme une maladie insidieuse. Les Hommes du Nord voulaient éradiquer ce virus qui bloquait leur conquête. Alors ils avaient quelques bataillons les affrontaient, chaque bataillon s’était heurté aux murs de Dem’Breck, aucun n’avait même franchi l’enceinte de la ville. Maintenant les Hommes du Nord avaient réuni leurs bataillons, ils avaient réuni chaque combattant et c’était une marée humaine qui approchait inlassablement des portes de Dem’Breck. Être rebelle valu à Nanor l'admiration des uns et la haine et des autres.  Pour ceux qui le suivaient il représentait une solution, une échappatoire. Un chemin différent, mais de liberté même si la Mort attendait au bout du chemin. C'était peut-être ça qui les rendaient plus fort, se battre en sachant qu'ils mourront en donnant un moment de répit et d'espoir aux opprimés. Et au moins ils mourront en hommes libres, libéré de toutes entraves.

     

       Nanor contemplait ceux qui les tueront, lui et ses hommes. L'armée était d'une beauté mortelle et le soleil couchant ne faisait que la magnifier. Avec un sourire résigné il se retourna et observa le lieu où il vivra ses derniers instants : Dem'Breck. Il y a de cela plusieurs siècles Dem'Breck avait été le théâtre d'une autre bataille pour le bien du peuple. Maintenant elle était la capitale de la Résistance. Le site était donc symbolique mais aussi stratégique. Trois plateaux avaient été creusés à même la montagne, de ce fait une falaise abrupte faisait office de défense naturelle sur un flanc. L’autre flanc était entouré par un monumental mur de pierre. Il était d’une une épaisseur incroyable, le mur comme tout la cité avait été construit il y a de cela plusieurs siècles. Une époque où chaque cité se devait d’être monumental. Dem’Breck était un chef-d’œuvre d’architecture et de stratégie, mais tout génie avait des limites et l’armée qui arrivait était elle aussi monumentale. Nanor l’observait depuis la muraille, à son côté se tenait une large tour circulaire. À son sommet on avait installé une baliste, le fleuron de l’armements des Résistants. Elle projetait de larges pieux taillés dans des troncs de pins, ces pieux étaient enchantés et créaient une explosion capable de tuer une vingtaine d'hommes. Maos est-ce que cela suffira ? Nanor l’espérait seulement.


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     Si vous n'avez pas lu le début de cette fiction (l'Héritier des Dieux), ne lisez pas cet article. Le début de la fiction est ici.

     

       D'un pas lourd, Nanor alla se présenter devant ses hommes. Ils étaient là, avec le temps leur nombre avait atteint celui d'une vaste brigade. Mais même avec ce nombre ils ne vaincront pas des millions.

    - Vous le savez, je ne suis pas homme de discours, commença le dirigeant de la Résistance, mon éloquence n'égale pas ceux qui sont à nos portes. Je n'utilise pas de paroles d'or pour rallier les gens à ma cause. Je me bats pour une cause que je crois noble, et vous l'avez suivie parce que vous la trouvez noble. Tout simplement.

    Il marqua une pause, fit quelque pas sur son estrade improvisée et reprit :

    - Je vous connais tous. Je pourrais dire que les lâches peuvent fuir, mais je sais qu’il n’y a même pas une once de lâcheté dans votre cœur. Vous êtes plus méritants que n'importe quels nobles ou riches, si la terre des Dieux existe, vous y irez tous. Les Hommes du nors s’acharneront pourtant. Ils diront que notre cause n'est pas noble. Mais leurs actes sont tellement abjects. Comment ne pas être révolté ? Comment ne pas se révolter ?!

    Une rumeur parcouru les Résistants. Une rumeur légère parcourus de cris et de murmures d’approbation. Sa voix se fit plus grave quand il continua :

    - Le soleil va bientôt disparaître. Nous allons bientôt combattre. Nous n'avons plus le temps de douter de la légitimité de nos actes. Il nous faut croire comme nous le faisons depuis toujours. Il nous faut espérer que notre bataille ne sera pas vaine. Il nous faut penser que si nous échouons, d'autres reprendront le flambeau. Il nous faut nous battre pour notre famille, pour notre peuple, pour ceux qui ne doutent pas, pour nos idéaux...

     Il s’arrêta pour reprendre son souffle et pour regarder les visages de ses compagnons. Leurs émotions peintes sur leurs visages. Voir ceux qui doutaient et ceux qui croyaient.

    - Dem'breck signifie la cité du peuple dans la Première Langue. Puisse-t-elle rester un symbole. Un endroit où les gens refuseront de se plier aux ordres vides d'un homme tyrannique. Il y a plusieurs siècles l’Ordre des Fantômes se battaient pour le bien du peuple. Aujourd’hui la Résistance se bat ! Elle se bat pour un peuple libre ! Alors battez-vous et écrasez ces Hommes du Nord qui prétende être des soldats ! Gagnez cette guerre mes amis ! Pour la Résistance !

    Nanor ne pût retenir un sourire de fierté en voyant tous ses hommes reprendre en chœur sa dernière phrase. Sa voix s’éraillait légèrement mais cela ne faisait rien.  Il saignerait sûrement dans les heures qui suivaient alors il se préoccupait bien peu de sa voix. Il descendit de l’estrade de pierre. En bas des marches son père le regardait le regard voilé :

    - Tu sais ce que je vais te demander, commença Nanor les yeux brillants comme ceux de son père.
    - De rejoindre ta femme et ton fils ?
    - Oui, ils ont besoin de quelqu'un pour eux. Moi, tu le sais bien, je vais droit à ma perte.
    - Il est là le problème ! Pourquoi tu ne fuis pas ?! Pourquoi...
    - Calme-toi, s'il te plaît...
    - Tu as raison. C'est peut-être la dernière fois que je te vois. Je veillerai sur eux.
    - N’oublie pas de veiller sur toi.

    Nanor tenta un sourire mais il sonnait faux. Son père l'étreignit de ses bras larges.

    - Ne meurt pas aujourd’hui.

    Il lâcha son emprise. Regarda son fils de ses yeux autrefois fiers et respectés, maintenant une larme était logée dans le coin de sa paupière. Son visage renforcé par les ans, s’affaissait dans une moue triste. Nanor sentit son cœur se serrer. Son père l'avait vu grandir, il avait vu son fils atteindre ses vingt printemps. Maintenant il le voyait partir.

    - Va voir Delia.

    Si son père lui demandait ça, c’est qu’il ne voulait pas faire tomber plus de larme devant son fils. Ni devant personne d’autre.

    - Adieu père...

    Il se détourna en s’efforçant de ne pas pleurer. Chaque pas lui arrachait une partie de sa vie, de son passé... Il s'éloigna le cœur lourd, l'âme en peine, le regard éteint.

       Il marcha parmi ses hommes, observa leur regard, leur façon de se préparer au combat et comment ils disaient « Adieu » à leurs familles. Nanor aussi avait cette enclume dans son cœur, mais il faisait tout pour ne pas le paraître. S’ils avaient tous peur, un visage calme leur donnerait peut-être une nouvelle vigueur. Peut-être… Certes tous n'avaient pas la mine grave, mais ils n'étaient pas heureux. Comment l'être avant qu'on ne prenne la vie et qu'on prenne la nôtre. Il sentit une main se poser sur son épaule. C'était un de ses plus jeunes hommes :

    - Est-ce que on va s'en sortir ? 

    Nanor eu un sourire triste.

    - Honnêtement ?
    - Je n'en sais rien, Erick. Pas tous, tu le sais ça ?

    Nanor tenta de se montrer rassurant et lui posa la main sur l'épaule.

    - Oui je le sais. Mais est-ce que j'en ferai partie ?
    - J’en suis persuadé, les plus vieux feront en sortes que tu restes en vie. Crois-moi, je suis bien placé pour le savoir. Quand j'ai commencé la Résistance j'avais vingt-et-un ans. Seulement cinq ans de plus que toi. Et ce n'est pas l'âge que prendront en compte tes ennemis mais ta férocité. Et tu es meilleur au combat que la plupart de mes hommes.

    Erick souriait légèrement en regardant Nanor.

    - Je ne veux pas qu'ils meurent à ma place.
    - Alors tu te battras et tu vaincras. En voyant ton âge ils te croiront faible, mais ils se tromperont.
    - Comment tu peux en être sûr ?

       Le chef de la Résistance lâcha l'épaule d'Erick, et sortit une dague de sa ceinture. Nanor la lui tendit en la tenant par la lame.

    - Parce que je te fais confiance. Prends-la. Tu me la rendras que tu en sortiras vivant.

       Erick prit la lame et la regarda attentivement.

    - Sois brave.

    Nanor regarda Erick quelques instants avant de se retourner. En marchant il baissa la tête respectueusement devant un groupe de ses hommes. Il leur adressa quelques mots d'encouragement avant de continuer sa route. Chacun de ses hommes vivait son angoisse à sa manière. Certains aiguisaient leurs lames impatiemment, d'autres pariaient et chantaient en tentant d'oublier la bataille qui se profilait. Mais tous au fond d'eux redoutaient l'écoulement du temps, qui les menait au combat. En voyant les amants qui se quittaient dans les larmes, Nanor était envieux, il aurait voulu pouvoir faire de même. Mais il n'avait pas le droit. Il devait refouler ses larmes encore et encore.

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     Si vous n'avez pas lu le début de cette fiction (l'Héritier des Dieux), ne lisez pas cet article. Le début de la fiction est ici.

       Il vit Delia, sa femme. Elle avait été tout, elle était sa lumière pendant les heures sombres. Et aujourd'hui il l'a quitté peut-être pour toujours. La nostalgie vient d’abord, ces moments heureux, tous ces moments… Ces moments qui éclipsaient tous les autres par la puissance du bonheur qui les faisaient vibrer. Maintenant tout cela était fini. Il admirait son amour pour la dernière fois... Il sentit sa gorge se nouer. Ses cheveux de jais ondulaient quand elle se déplaçait, avant de retomber avec désinvolture sur ses épaules. D'un geste de main nerveux elle écarta les mèches qui réduisaient sa vision. Là elle le vit. Elle resta sans bouger. Nanor fit de même. Sans avoir besoin de se parler ils comprenaient leurs détresses respectives. Finalement Delia plongea ses yeux noirs mais pourtant si purs dans les siens.

    - Je n'ai pas besoin de te demander de rester ?

       Nanor s'approcha d'elle. Delia, elle, était immobile et fière.

    - Tu le sais. Si seulement le dire était simple.
    - Tu n'as besoin de dire qu'une chose.
    - Je t'aime. Et je t'aimerai.

       Elle passa ses doigts tendrement sur la joue de son amant. Celui-ci regarda sa main comme s’il la découvrait pour la première fois.

    - Moi aussi, tu le sais...

                Ils se regardèrent un moment sans parler. Ils n'avaient pas besoin des mots pour s'aimer, juste de leurs pensées. En sept ans de route commune, ils se connaissaient par cœur. Ils n'avaient pas eu besoin de sept ans pour se connaître, de bien moins... Mais Nanor voulait bien plus que sept ans, il voulait bien plus pour l'aimer... Une vie ne serait pas assez, il lui en faudrait plusieurs s’il voulait dire tout ce qu'il avait sur le cœur. Si seulement il le pouvait... Dans cet instant il souhaitait seulement penser à elle, seulement l'admirer. Mais il aurait aimé ne pas voir l'air triste avec lequel elle le regardait. Soudain Delia prit un air farouche et sûre d'elle.

    - Je sais me battre.
    - Je suis bien placé pour le savoir.

       Nanor esquissa un sourire.

    - Alors pourquoi tu ne veux pas que je parte avec toi ?
    - Mais si... Si je meurs.
    - Je t'interdis de dire ça ! Tu dois revenir pour notre fils. Pour moi...

       Il la prit dans ses bras. Il se colla à elle et dit d'une voix brisée.

    - Tu sais que si je pourrais, je le ferai.
    - Mais pourquoi ?
    - Pardonne-moi.
    - Tu n'as pas besoin de le demander. Je ne t'en ai jamais voulu.

       Delia se détacha lentement de Nanor et le regarda dans les yeux.

    - Embrasse-moi s'il te plaît. Une dernière fois.

       Nanor posa ses lèvres sur les siennes doucement. Puis il caressa ses cheveux noirs amoureusement.

    - Où est notre fils ?
    - Il dort.

       Il regarda l'embrasure de la porte et y vit son fils sous ses draps blancs, dormant insouciamment.

    - Bien, c'est mieux ainsi. Si jamais je ne reviens pas, ne lui dis pas qui je suis. Mais pour autant s’il veut suivre mon chemin laisse-le faire, d'accord ?
    - Oui... Oui mon amour.

       Il aimerait tant pouvoir pleurer et se réfugier dans ses bras mais il ne pouvait pas.

    - Je ne peux pas me permettre de pleurer...
    - Je le sais... Je te connais, tu le ferais sinon, je le vois.
    - Promets-moi une chose. Promets-moi que tu seras heureuse.
    - Je n'ai pas besoin de te le promettre, tu reviendras.

       Nanor ne l'avait connu comme cela qu’en de rares occasions. Elle essayait de se persuader, car tout le reste de son être lui disait qu'il ne reviendra pas. Lui n'était pas dans un meilleur état, sa voix était brisée, sa gorge nouée. Et son cœur se mourrait...

    - Il faut que j'y aille.
    - Vas-y, rends fier ton fils.

       Elle prononça ces derniers mots avec une profonde tristesse. Ses yeux ne pleuraient pas, mais au fond d’elle elle pleurait. Il aurait tant voulu rester. Mais la bataille était si imminente que Nanor pouvait presque sentir le tumulte des lames. Il était tellement désolé et il n'avait même pas le temps de lui dire à quel point. Il ne pourra jamais lui dire tout ce qu'il aurait voulu, il ne pourra jamais...

    - Quitte Dem'Breck dès que je serai parti. Par pitié ne reste pas ici. Désolé, si seulement tu savais à quel point je le suis...
    - C'est déjà assez compliqué comme ça.

     

    Les mots claquèrent dans l’air. Cinglants. Mais il comprit à son regard qu’elle essayait juste de ne pas souffrir plus. Comme son père… Alors il se retourna et partit vers les portes de la cité. Au bout d’à peine quelques pas il l'entendit tomber à genoux et éclater en larme. Il ne se retourna pas, il continua d'avancer. Il ne devait pas se retourner. Il ne devait pas craquer. Un simple coup d’œil en arrière… Non. S’il voyait la vallée de larmes qui coulait de ses yeux il ne pourra que fléchir. Tomber à genoux. Pleurer avec elle. Partir avec elle.

       Sans qu'il puisse la retenir, une larme coula sur sa joue et tomba sur la terre. D’un revers de la main il s'empressa d'en effacer les traces. Il tenta aussi de faire abstraction de ses sentiments et de penser à ce qui était devant lui, la bataille, les responsabilités d’un chef à la guerre. Il tenta mais les sentiments balayèrent la logique d’un seul mouvement nonchalant. Lui dire son amour le rendait aussi songeur que la première fois. Il ne pourrait l'oublier. S'il survivait ses simples mots resteraient en lui pendant plusieurs décennies. Jusqu'à ce que sa mémoire ne puisse plus porter les souvenirs trop lourds et trop nombreux. Le dernier rempart de raison céda. Il voulait juste voir son visage une dernière fois. Elle n’était plus là. Il n'y avait plus que la trace de ses genoux sur le sol et une terre légèrement humide. Sans qu’il ne puisse le décider il tomba à genoux. Mais les larmes ne venaient pas. Ils les avaient retenus tant de temps et là ils lui faisaient défauts. Il aurait aimé pleuré, pleuré de larmes sincères, et en laissant couler les larmes exorciser sa peine. Mais ses yeux restaient désespérément secs. Il aurait seulement voulu lui dire : Je t'aime.

    *

       Il ferma la main, sa peau rencontra sa lame imbibée de sang. Ses pensées étaient confuses. Tout se mélangeait, rien ne lui venait de clair. A part peut-être ce qu'il s'était passé avant qu'il ne parte combattre. Sa femme, son père, son fils...

       Il était allongé parmi les dépouilles de ses ennemis. Il sentait leurs corps encore chauds sous lui. Il en avait tué plus qu'il ne l'imaginait. C'était un charnier. Tous ces corps jonchaient le sol. Cette monotonie était rompue parfois par la carcasse d'un Drak. Ces hommes-dragons, immondes. Tous lui revenaient, trop de souvenirs, trop de pensées... Un lui parut plus clair que les autres : le moment où ils avaient négocié. Bien sûr, c'était seulement une formule de politesse avant la barbarie d'une bataille.

    - Je resterai sur mon avis. Je n'abdiquerai pas. Mes idéaux sont fixés.
    -Vous savez que refuser d'abandonner causera votre perte ? Ne répondez pas. Vous savez. Donc réfléchissez une dernière fois.
    - Mes idées sont inflexibles. Vous savez qu'il en est de même pour vous.
    - Vous avez raison.

       Son interlocuteur portait une armure de plaques noires, reliées par des clous larges et visibles.  Malgré son visage jeune, sa voix témoignait de son âge avancé. Il abattit sa visière sur son visage pâle. Et se retourna. A ce moment, deux projectiles arrivèrent fouetter les murs de Dem'Breck. Ils brisèrent quelques pans de rempart, mais ils grattèrent juste une façade comparer aux mètres de pierres qu’il restait derrière ces deux balafres. Nanor avait parlé depuis une sorte de grand-balcon au-dessus de la porte de Dem’Breck. Les projectiles l'avaient évité volontairement, s’ils avaient voulu ils auraient pu l’abattre à l’instant. C’était impressionnant et c’était fait pour être pour être impression, une façon pour eux d’affirmer leur puissance. Pourtant Nanor ne tressailli même pas. La négociation avait duré si peu. Il savait que cet ennemi le voulait dans leurs rangs. Alors pourquoi ne pas avoir insisté plus ? Peut-être l'avait-il pris pour un rustre buté. Peut-être en était-il un en fin de compte. Si c’était le cas autant l’être jusqu’au bout :

    - Si seulement vous saviez la souffrance que vous causez. 

                L'homme au visage pâle se retourna :

    - Parce que selon vous, nous nous combattons pour infliger la douleur ? Ou encore pour avoir le pouvoir ?
    - Sinon pour quelle raison ?
    - Le dire serait trahir un secret. 

       Ces paroles le laissaient encore songeur. Était-il fou ou ignorant à ce point ? S’il doutait maintenant, comment pourrait-il se battre ? Il n'eut pas ce problème très longtemps. La fureur de la bataille effaça toute réflexion. Il se battait et c'était tout. Peu importe celui qu'il était ou celui en face de lui. Mais est-ce que ça faisait de lui un barbare ? Qu’importe très vite des marées humaines envahirent l’enceinte de Dem’Breck. Ils étaient beaucoup trop nombreux. Les Résistants s'éparpillèrent. Ils étaient décimés. Il avait espéré qu'ils donnent au moins un peu plus de fil à retordre. Il se détestait à le dire, mais il était vexé. Ils s'étaient battu et cela n'avait pas suffi. Désormais il était allongé au milieu de ses ennemis, le sang de ses blessures se mélangeait à celui de ses adversaires. Une estafilade lui barra la joue, une autre à sa cuisse saignait à chaque qu'il essayait de bouger sa jambe, son annulaire était tordu dans un angle anormal, son bras droit était immobile et semblait ne plus vouloir bouger.  Mais il pouvait toujours se battre et le devait.

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       Avant qu'il se retrouve à terre luttant contre la souffrance qui le plaquait au sol il s’était battu. Il ne savait plus combien de temps. Ni combien de corps étaient tombés du bout de sa lame.  Mais ils avaient tenté de résister, une dizaine contre des milliers. Ils n'étaient pas faibles, loin de là. Mais en face d'eux ce n’était pas seulement quelques hommes c’était une armée entière, un flot incessant perçait les murs de Dem’Breck. Tout un bataillon de Résistant au début protégeait cette section maintenant ils n’y avaient plus que Nanor, Shake et Tahran. Ces derniers étaient deux frères, deux Hybrides. Deux résultats d’expérience raté visant à les faire fusionner avec un Drak. Ils avaient eût de la chance, la plupart n’avait pas survécu à l’expérience ou avait perdu l’esprit. Le plus jeune des frères, Shake, ressemblait à un humain si on oubliait ses yeux un peu trop longs, et ses ongles trop pointus. Son frère Tahran en revanche portait des signes distinctifs d’un Hybride. Ses dents ressemblaient plus à des crocs et ses ongles à des griffes. Des écailles couvraient une partie de son visage. Et deux bosses déformaient son dos. Deux ailés déchirés sortaient de sous ses omoplates. Elles ne payaient pas de mines mais elle lui permettait de voler sous de courtes distances.

     

       Ils n’étaient peut-être que trois mais ils faisaient tomber des dizaines. Tahran se battait avec deux épées longues mais légères. Il tournoyait parmi ses ennemis, tailladait, tranchait. C’était une véritable tornade. Il virevoltait entre les ennemis, tuant d'un revers de la main. Shake préférait la prudence à la hâte. Sa manière de combattre était au contraire de son caractère. Il se battait avec deux épées comme son frère, mais ses épées étaient plus larges et plus lourdes. Il parait la majorité du temps, mais à chaque fois qu'un de ses adversaires hésitait ou baissait sa garde, même une fraction de seconde, la lame de Shake pourfendait sa chair. Il restait sur ses gardes et ne tentait pas de percées comme le faisait son frère.  Et puis il y avait Nanor, il parait et attaquait sans répit. Pas une minute ne s'écoulait sans que sa lame ne rencontre le sang. D'une main il tenait un fauchon, une lame courte et courbée. De son autre main il utilisait la magie de la Lumière. Il pouvait faire prendre la forme qu’il voulait à sa Magie mais le plus souvent il envoyait des traits de Lumière à une vélocité sans pareil. Quand ils touchaient leur cible ils se dispersaient dans une légère explosion, projetant souvent l’ennemi au sol.

     

       Leur résistance avait peut-être duré plusieurs heures, mais comme pour toute chose, la fin arriva. Un homme est venu. Il portait une armure de métal sur son torse et sur ses jambes. Ses bras étaient recouverts d’une chemise ample noire recouvert de brassard et d’autres protections en cuir noir sur tout son bras. Un casque à visière lui protégeait le visage, deux grands rectangles taillés dans le métal lui permettait de voir. Des cornes noires, sûrement en fer elle aussi, ornaient son caque. Une longue cape noire arrivait jusqu’à ces pieds, pourtant elle ne jugeait nullement ses mouvements. Il portait une simple épée accrocher à sa ceinture, et pourtant une aura se dégageait de lui, quelque chose d’inquiétant, d’effrayant même. Il s'était rué sur eux à une vitesse inhumaine, où il marchait une brume grise le suivait. Nanor n'avait pas vu venir l'attaque, ce n'était qu'un soldat parmi les autres. Quand il l’aperçu il était à une foulée de lui, il eut juste le temps de se déporter sur le côté, il entendit la lame siffler à quelque centimètre de sa peau. Le coup l'avait manqué d'un seul pouce. Son ennemi se redressa et jugea Nanor du regard. Ce dernier se perdit dans ses yeux. Ils étaient noirs, ils n'avaient ni pupille ni blanc, seulement un vide parfait. Quand il les regardait il avait l’impression dérangeante d’entendre des cris. Une douleur intense à l'abdomen le sortit de sa contemplation morbide. Ses pieds se dérobèrent, il était au sol. Nanor vit la pointe d'une épée menaçant sa poitrine. L'homme le fixait de ses yeux noirs. Shake se rua sur l'homme ses épées dans leurs fourreaux. Il se jeta sur lui et le plaqua au sol. L’épée de l’homme était partie reposer quelques mètres plus loin. Shake avait l'avantage, il se redressa en appuyant sa jambe contre la gorge de l’homme. Dégaina son épée d’un geste sec et s’apprêta à trancher la gorge de son adversaire. Avant qu’il ne puisse mettre son plan à exécution une brume noirâtre jaillit de la bouche de l'homme et projeta Shake sur plusieurs mètres comme un vulgaire caillou. Nanor se releva d’un mouvement et ramassa son fauchon. Un sourire ironique sur les lèvres il demanda :

    - À qui ai-je l’honneur ?
    - Tu ne peux rien faire, j'ai hérité des pouvoirs d'un Dieu.

    Le Chef de la Résistance parlait entre sarcasme et mépris et marchait lentement autour de l’homme. Ce dernier monta sa main au niveau de sa hanche et fit apparaître une boule de brume au-dessus de sa main. Nanor reprit :

    - Je devrai abandonner tout de suite, c’est cela ?
    - Je n'égale peut-être pas un Dieu, mais pour un homme je suis invincible.
    - Et puis-je savoir quelle le nom de l'homme qui va me tuer ?
    - Dolcrine Héritier de l’Ombre.

       Nanor faisait tout pour ne pas le faire paraître, mais cet homme l’effrayer. Même si ces mots étaient ceux d’un fou, il pressentait que ce n’était pas que mensonge et poudre aux yeux. Derrière l’homme, Tahran relevait son frère. Nanor devait encore gagner un peu de temps. Un malaise le submergea. Tous les soldats… Ils étaient tous partis. Et il n’avait rien vu. Peut-être croyaient-ils que Dolcrine suffirait à les tuer. Et le pire, c'est qu'il allait sûrement leur donner raison. Il devait essayer pourtant. D’un bond Nanor se rua vers l'Héritier de l'Ombre. Ce dernier bloqua aisément faisant résonner le métal. Mais le Chef de la Résistance continua, enchaînant assaut sur assaut. Mais chacun ses coups étaient parés. Il le savait :il n'était qu'un jouet aux yeux de Dolcrine. Son adversaire prenait plaisir à le voir s’essouffler, il jouait comme un chat avec une souris. Si le chef de la Résistance feignait de baisser sa garde pour l’attirer dans un piège, il ne l'attaquerait pas. Tahran et Shake les observaient armes en main, mais ne voyaient pas comment intervenir. Les deux combattants allaient bien trop vite, ils enchainaient pas sur pas, feinte sur feinte comme une danse. Nanor devait leur donner une opportunité. Il donna un ultime coup, et lâcha son arme, essoufflé :

     - J'abdique, commença Nanor, la voix entrecoupée de respirations haletantes, Je ne pourrais pas te battre…
    - Le Chef de la Résistance est donc un lâche.

     L'Héritier marcha d'un pas lent jusqu'à lui. Et l'attrapa à la gorge :

    - Ta souffrance sera lente. 

       A ce moment-là Tahran qui s’était rapproché par grandes foulées amorçait son coup. Et si cela ne suffisait pas Shake s’apprêtait à attaquer Dolcrine par le flanc. Ce dernier lâcha Nanor avec nonchalance et fit un simple pas sur le côté. L'épée de Tahran ne pourfendit que l'air et s'enfonça dans le sol. Avant qu'il ne pût dégainer sa deuxième lame, ses pieds furent balayés. L'Héritier de l’Ombre le rattrapa en l'attrapant par la gorge, l'étranglant par la même occasion. Cette action n'avait duré qu'un millième de seconde, mais cela suffit à Nanor pour se relever. Dans le même temps Shake bondit sur Dolcrine. Mais une brume noire déferla à nouveau emportant son corps au loin. L'Héritier de l’Ombre eu juste le temps de tourner la tête que déjà Nanor l'attaquait. Il lança Tahran au sol et se campa sur ses deux pieds. L'épée du Chef de la Résistance décrivit une courbe avant de s’arrêter net. Dolcrine lui avait saisi le bras, avant que le coup ne l’atteigne. Désormais il tordait son bras frôlant la rupture de son épaule :

    - Que veux-tu dire avant de mourir ?
    - Beaucoup de choses.

     Avant même que Dolcrine puisse répondre un trait de la lumière jaillit de la main Nanor. L’explosion envoya les deux hommes au sol. Le Chef de la Résistance se rattrapa en roulant sur l’épaule mais son adversaire tomba lourdement au sol. Les silhouettes des Hommes du Nord se dessinèrent alors légèrement sans devenir tout à fait nettes. Ils n’étaient plus très nombreux et erraient entre les cadavres, cherchant des survivants.

    - Pourquoi y a-t-il aucun soldat ? demanda Tahran à Dolcrine.
    - Je vous ai amenés dans une dimension proche de celle de la Mort. Comme ça je peux vous gardez seulement pour moi.

                Le casque de l’Héritier de l'Ombre était tombé, dévoilant son visage terne presque gris comme celui d’un mort. Un rictus se dessinait sur ses lèvres pâles. Quand il parlait ses lèvres ne suivaient pas ses mots, elles semblaient ne pas dire la même chose. Il était tout à fait indemne, son armure était seulement cabossée à certains endroits.

                Sans lui laisser le temps de se relever Shake se rua sur lui. Ses coups furent bloqués un par un, mais avec moins de facilité qu'auparavant. Il faiblissait. Ses mouvements se faisaient plus lents, moins précis. Tahran attaqua à son tour. Devant les assauts conjugués des deux frères Dolcrine recula jusqu’à être acculé contre la muraille. Une brume noire et épaisse recouvrit l’air autour des trois combattants. Elle semblait… Matérielle. Shake donna un coup d’épée rageur mais sa lame ripa contre la brume… Nanor fit apparaître un javelot de Lumière dans sa main, il crépitait comme le tonnerre. Prenant un léger élan il lança le javelot à travers la brume. Il la traversa et se perdit derrière le brouillard. Nanor, Tahran et Shake se préparèrent en garde, bien camper dans le sol. Une minute s’écoula dans un silence de mort. La brume commença à s’estomper. Les silhouettes des Hommes du Nords se dessinèrent à nouveau. Dolcrine était appuyé contre le mur inerte. Son ventre était perforé mais le javelot s’était évaporé. Il baignait dans une flaque de sang. Un cri retentit derrière eux. Les soldats étaient là et ils étaient bien réels.

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     Si vous n'avez pas lu le début de cette fiction (l'Héritier des Dieux), ne lisez pas cet article. Le début de la fiction est ici.   

       Nanor était debout et marchait parmi les cadavres. Le siège n'était pas fini, ses hommes avaient encore besoin de lui. Il entendait le claquement du métal. Lui et Tahran et Shake étaient sur un plateau juste en dessous de la bataille. Il devait aller les aider. Quand Dolcrine avait été vaincu, ils avaient dû fuir. Ils ne pouvaient se permettre de combattre alors que les Résistants avaient besoin d’aide ailleurs. Ils avaient réussi à semer les soldats dans les dédales de ruelles et de souterrains. Ils étaient parvenus sur le second plateau. Là aussi il n’y avait plus personne, seulement des morts. La Résistance n’avait plus le contrôle que d’un seul plateau. Il devait aller les aider, d'une façon ou d'une autre.

       Plus aucun soldat n'était ici, seulement les morts. Cette vue sinistre lui arracha un haut le cœur, tant de ses amis morts dans les pires des souffrances et tant d'ennemis vivants tuant ses derniers amis. Il en reconnaissait la plupart mais certain étaient devenus inhumains tellement les coups les avaient marqués. Il y avait tant de ces hommes, ceux qui l’avaient aidé à tenir, ceux que Nanor avaient forgés. Leurs noms lui brûlaient la gorge, il se refusait de les dire. Il ne pouvait pas. Combien étaient morts par sa faute ? Des centaines. Peut-être bientôt chacun des Résistants. Ils avaient cru en Nanor. Comment ils avaient pu se tromper. Maintenant ils étaient morts.

       C'était de sa faute, c'était lui qui les avait lancés sur le chemin de la rébellion. Il les aiderait, qu'importe le prix à payer. Son père l'avait... Une douleur fulgurante lui transperça le flanc. Il se retourna et vit un homme, debout, grand et fier, un Hybride, un rictus lui étirant les lèvres dans un sourire sinistre. La douleur l'élança plus vive qu'auparavant, il sombra dans les abîmes de l'inconscience.

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